Réunie tous les trois ans, la Conférence nationale du handicap (CNH) est censée fixer les grandes orientations nationales en matière de handicap pour les années à venir et constitue un temps de dialogue essentiel entre pouvoirs publics, associations représentatives, acteurs du secteur et personnes concernées.
La CNH 2026 intervient toutefois dans un contexte politique particulier de fin de quinquennat après des années de dialogue difficile avec les pouvoirs politiques, de concertation de façade, de promesses non tenues, voire de mesures délétères pour les personnes handicapées.
Dans ce contexte, le Collectif Handicaps a participé à sa préparation avec une exigence : cette CNH ne doit pas être un exercice de communication supplémentaire, mais un véritable rendez-vous de responsabilité politique.
Les COPIL
Une fois par mois depuis décembre 2025, le Gouvernement a organisé des comités de pilotage (COPIL) thématiques, réunissant les cabinets ministériels, administrations, associations d’élus et représentants des personnes handicapées et de leurs familles.
Ces COPIL ont permis au Gouvernement de présenter son bilan des mesures décidées à la CNH 2023. Toutefois, leur format très dense a laissé trop peu de place aux débats de fond. Les contributions écrites du Collectif Handicaps ont donc permis de mettre en avant les constats et propositions des associations :
Les groupes de travail
En parallèle des COPIL, le Gouvernement a défini 5 thématiques qui ont fait l’objet de groupes de travail (GT), qui réunissaient une diversité de parties prenantes. Le Collectif Handicaps a participé à ces GT, mais a regretté l’absence d’une vision politique globale et d’un pilotage clair.
Dans tous ces groupes, le Collectif Handicaps a défendu l’effectivité des droits des personnes et les principes de non-discrimination. Nous avons également alerté sur la tendance à l’homogénéisation des besoins et situations des personnes handicapées : derrière l’expression générique « personnes en situation de handicap » ou « personnes handicapées » se cachent des réalités sociales différentes. A pluralité de situation, pluralité de besoins et de réponses.
- Dans le GT Ecole : Le Collectif Handicaps a rappelé les difficultés voire les refus croissants d’accès à la scolarisation dès la petite enfance. Pour prévenir les ruptures de parcours et garantir le droit à l’éducation quel que soit son lieu d’apprentissage, nous appelons à la mise en accessibilité de tout l’environnement scolaire (du bâti aux contenus, méthodes et ressources pédagogiques), la formation des professionnels concernés, ainsi qu’à une meilleure coopération entre éducation nationale et médico-social (sans nier les expertises de chacun) et à une ouverture de l’école aux autres professionnels de l’accompagnement et du soin.
- Dans le GT Habiter : Le Collectif Handicaps a rappelé que l’habitat ne se rapporte pas uniquement aux enjeux d’accessibilité du bâti pour les handicaps moteurs ou sensoriels ou de vieillissement de la population. Nos représentants ont insisté sur la liberté de choix de son habitat, la prise en considération, dans le parc social et privé, des besoins des personnes vivant avec des altérations psychiques, cognitives ou mentales, la pénurie d’aide humaine et l’urgence à agir pour permettre à chacun de vivre dignement (notamment en rendant effectif le droit à compensation)..
- Dans le GT Participation et représentation des personnes : Le Collectif Handicaps a rappelé tout au long des travaux que le principe « rien pour nous sans nous » ne peut se limiter à des intentions. S’il faut développer la participation directe des personnes handicapées dans les instances représentatives (accessibilité, soutien, CAA, etc.), il ne faut pas nier le rôle des associations (qui permettent une prise de hauteur sur les enjeux et une représentativité de la diversité des handicaps – y compris en visibilisant les réalités de vie et besoins des personnes ne pouvant se représenter elles-mêmes). Le Collectif Handicaps a plaidé pour que, sur le modèle de la démocratie sanitaire et de la participation des usagers du système de santé, davantage de moyens de l’Etat y soient dédiés.
- Dans le GT Intelligence artificielle : Le développement de l’intelligence artificielle ouvre des perspectives en matière d’autonomie des personnes en situation de handicap. Le Collectif Handicaps a toutefois rappelé les exigences en matière d’accessibilité, de solvabilité, d’éthique, de sécurité et de respect des droits fondamentaux.
- Dans la mission « Protection juridique des majeurs » : Le Collectif Handicaps a particulièrement alerté sur le risque d’invisibilisation des personnes les plus vulnérables (en particulier celles vivant avec des altérations sévères des fonctions mentales ou cognitives), ainsi que sur le soutien nécessaire des familles.
Alors que les droits des personnes continuent d’être bafoués et qu’une personne handicapée sur quatre est pauvre, le Collectif Handicaps déplore l’absence de travaux sur la question des ressources des personnes handicapées ou encore sur la compensation. Un GT avait été annoncé, mais n’a jamais vu le jour.
A date, le Collectif Handicaps n’a pas encore de visibilité sur les arbitrages gouvernementaux. Ce 22 mai, un dernier COPIL conclura cette phase de préparation : nous espérons alors y voir plus clair sur ce qui sera finalement présenté à la CNH… Nous ne sommes pas dupes : le contexte de restrictions budgétaires freinera forcément l’ambition des mesures. A minima, cette CNH doit permettre d’ouvrir des perspectives : rendons utiles cette fin de ce quinquennat !